Powerpoint nous rend-t-il stupide?
"La pensée PowerPoint" de Franck Frommer sous-titré "Enquête sur ce logiciel qui rend stupide" (Editions La Découverte) est l'un des essais au vitriol sur les technologies qui compte en cette rentrée. PowerPoint, logiciel lancé en 1987 par Forethought et racheté quasiment dès sa création par Microsoft est destiné à concevoir des présentations visuelles pour soutenir des exposés oraux (et des projets, réalisations, enseignements, formations) ; un outil de communication devenu indispensable dans le monde du travail et économique (entreprises, institutions, associations, organismes tutellaires...). PowerPoint est aujourd'hui utilisé par plus de 500 millions de personnes dans le monde : plus aucun domaine d'activité n'est épargné par le défilement des "slides" et la succession des "bullet points".
L'ouvrage de Franck Frommer "La Pensée Powerpoint. Enquête sur ce logiciel qui rend stupide" danalyse ce qui fait la pensée PowerPoint et ses travers ; une approche que l'éditeur retranscrit ainsi en résumé : "Avec ses listes à puces, ses formules creuses et sa culture du visuel à tout prix. Où il apparaît que PowerPoint se révèle une puissante machine de falsification et de manipulation du discours, transformant souvent la prise de parole en un spectacle total où la raison et la rigueur n’ont plus aucune place. Plus grave, ce logiciel a fini par imposer de véritables modèles de pensée issus du monde de l'informatique, de la gestion et de la communication. Des modèles diffusés par des consultants à l'ensemble des activités sociales, distillant une novlangue particulièrement indigente qui n’a pas d’autre effet que de nous rendre... stupides."
Le Monde Magazine du 16 octobre 2010 propose une longue interview de Franck Frommer intitulé : « PowerPoint, c’est du cinéma : Un livre à charge contre le logiciel » où l’auteur quinquagénaire, ex-journaliste, professionnel de la communication (et connaisseur du logiciel) décrypte et décortique PowerPoint et son utilisation, de son point de vue ; extrait :
«A trouver des titres courts, des listes qui permettront de tout dire pour une seule slide, des astuces, des jeux de mots, une bonne image pour illustrer, à faire attention à la reproduction du logo de l’entreprise… Bref, à être sur la forme, en superficie davantage que sur le fond. A mobiliser un système de connaissances tout à fait différent de celui qu’ils mobiliseraient pour rédiger une note.
Il faut séduire, capter. On est dans une dynamique de vente. Paradoxalement, le prétendu support privilégié de la nouvelle idéologie de la créativité dans l’entreprise produit des formes très appauvrissantes d’organisation de la pensée. Il faut aller à l’essentiel, afficher des points forts, valoriser des concepts-clés, promouvoir l’action. Evidemment, tout cela n’est censé tenir lieu que de « prompteur » d’une prestation orale (…) De plus, le PPT est souvent le document de référence, celui qui restera.
Chaque « slide » doit avoir un titre court, comme slogan publicitaire, pioché dans quelques dizaines de mots de la novlangue économico-financière. Cela donne des libellés elliptiques, des formules passe-partout, d’une grande pauvreté sémantique (« Des fondamentaux solides », « Un environnement tendu… »). On abuse des verbes à l’infinitif (« rationaliser », « déployer »…). A forte puissance d’injonction… Puis suivent des listes de points forts, les fameux « bullet points », sans liens de causalité entre elles. On raisonne par menu. Notre pensée est comme une liste de commandes, une arborescence de programme d’ordinateur. Sans chaîne signifiante. Ni pensée continue.
(…) Dans le noir, tout le monde regarde l’écran lumineux, ces slides projetées en gros qui s’imposent d’elles-mêmes, interdisant toute discussion sur la véracité des informations qu’elles présentent. L’animateur parle à l’écran, sans toujours regarder son public. Il a toute autorité puisque c’est lui qui maîtrise l’apparition, la disparition des «slides ». »